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Actions canadiennes : Un mois qui restera dans les annales
Clément Gignac
Économiste en chef et stratège
Financière Banque Nationale
3 octobre 2008
Septembre a été un des pires mois depuis toujours pour les Canadiens qui investissent dans des actions. La chute de 14.7% de l’indice S&P/TSX est la plus importante survenue pendant un mois de septembre depuis 1931 et la quatrième plus forte chute en un mois depuis au moins 1981. L’indice de référence canadien est descendu au niveau des marchés baissiers – le marché canadien est le dernier de 23 marchés de pays industrialisés à avoir reculé de plus de 20% depuis le dernier sommet dans ce cycle. Sur l’ensemble du trimestre, l’indice a perdu 18.8%, ce qui marque le pire dérapage trimestriel depuis la crise asiatique de 1998 (graphique).

Les ressources naturelles en butte à de forts vents contraires
Jusqu’à la mi-juin, le marché s’est comporté comme si les indices à forte proportion de produits de base, particulièrement celui du Canada, réussissaient à échapper au ralentissement économique mondial. On pensait alors que les pays émergents étaient suffisamment « découplés » des économies développées pour continuer de croître indépendamment des vicissitudes de ces dernières. Dans cette optique, les pays riches en ressources naturelles auraient été protégés d’un ralentissement cyclique des pays industrialisés parce que les prix des produits de base auraient été soutenus fermement par la demande des marchés émergents, même si les économies développées ralentissaient.
Les événements du dernier trimestre, et notamment le renversement brutal de la tendance des prix des produits de base, laissent penser que la thèse du découplage reposait plus sur des vœux pieux que sur des bases économiques réelles. La désillusion qui s’en est suivie est un des principaux facteurs de l’effondrement de l’indice S&P/TSX, provoqué par les deux secteurs de ressources naturelles. Ces secteurs, l’énergie et les matériaux, représentent près de la moitié de la capitalisation boursière de l’indice. Le secteur de l’énergie a chuté de 27.6% au troisième trimestre et celui des matériaux de 33.7%.
Surprise : Les services financiers dépassent le reste du marché!
Il est assez paradoxal en cette période de crise financière que le seul secteur qui dégage un rendement positif pour le trimestre soit celui des services financiers. En juillet, dans Stratégie : Notre opinion, nous avons recommandé de surpondérer ce secteur parce que nous pensions que, malgré l’extrême volatilité, il restait peu de possibilités de baisse – l’essentiel de la purge était terminé. Les titres financiers ont été les premiers à subir une correction lorsque les dépréciations d’actifs ont commencé en 2007 et étaient à la traîne depuis lors. Mais en juillet, nous pensions qu’ils étaient prêts à dépasser le reste du marché. Et l’histoire prouve que les services financiers dépassent toujours le reste du marché dans un rebondissement.

À ce stade-ci, nous nous attendons à ce que les services financiers continuent de demeurer à la tête du marché au cours des prochains mois. Le système bancaire est un rouage essentiel dans une reprise économique – une courroie de transmission entre la politique monétaire et l’économie – et le secteur s’est efforcé de reconstituer son capital de sorte à fonctionner d’une manière ordonnée et à restaurer la confiance des investisseurs. La bonne nouvelle est que certains investisseurs bien nantis commencent à se tourner vers les sociétés financières. Berkshire Hathaway Inc. de Warren Buffett a récemment pris des positions dans Goldman Sachs et General Electric. Nous nous attendons à de nouveaux mouvements de ce genre au cours des prochains mois, y compris des injections de liquidités par les acheteurs étrangers. À mesure que cela se produira, les titres financiers en profiteront.
Notre rotation sectorielle recommandée reste axée sur les services financiers et les titres cycliques non liés aux produits de base. Nous continuons de nous méfier des ressources naturelles parce que le ralentissement mondial généralisé en cours maintiendra les prix des produits de base sous pression pendant un certain temps.
Bonne semaine !
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